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Formation des enseignants, résultats de l’enquête menée par le Snetap

mercredi 15 décembre 2010

Quand le ministère de l’agriculture choisit de sacrifier une génération d’enseignants...et d’élèves

Premier bilan de l’enquête réalisée auprès de 73 stagiaires externes de l’enseignement agricole public

Depuis la rentrée de septembre 2011, la réforme dite de masterisation de la formation des enseignants stagiaires s’est mise en place pour les reçus aux concours externes (PCEA PCEA Professeur Certifié de L’Enseignement Agricole et PLPA PLPA Professeur de Lycée Professionnel Agricole ) de l’enseignement agricole public de la session 2010. Pour les 73 enseignants stagiaires, l’entrée dans le métier est cruelle. Ils ont été affectés en responsabilité dans les établissements et ne recevront que 7 semaines de formation à l’Ecole Nationale de Formation Agronomique.

Pourtant, dans tous les groupes de travail avec la DGER DGER Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche (Direction Générale de l’enseignement et de la Recherche), dans toutes les instances paritaires (CTP CTP Comité technique paritaire , CNEA CNEA Conseil national de l’enseignement agricole ), lors de rencontres avec le Ministre et son cabinet, les représentants du SNETAP-FSU FSU Fédération Syndicale Unitaire s’étaient opposés à cette mise en œuvre et notamment pour deux raisons : non seulement cette réforme de la « formation » des enseignants stagiaires se mettaient en place alors même que la réforme dite de masterisation (nécessité d’être titulaire d’un BAC +5 pour être candidat, modification des concours de recrutement...) n’était pas lancée...et surtout parce que le nouveau dispositif niait notre conception du métier...à savoir qu’enseigner est un métier qui s’apprend.
Nous avions demandé à maintes reprises à la DGER, à l’ENFA ENFA École Nationale de Formation Agronomique (école nationale de formation agronomique- »IUFM » de l’enseignement agricole) un bilan des modalités de formations antérieures (sans réponse à ce jour), nous avions rappelé notre attachement à la mise en responsabilité progressive, au nécessaire aller-retour entre théorie et pratique et surtout nous avions refusé l’affectation en poste de stagiaires dont nous savions pertinemment qu’ils seraient laissés seuls face à leurs difficultés.
D’abord par une pétition puis par un appel au boycott de la fonction de conseiller pédagogique, nous avions tenté de mobiliser la communauté éducative de l’enseignement agricole public...en vain. Ainsi, malgré quelques améliorations (à la marge mais substantielle par rapport à l’Education Nationale) dont la décharge de 3h pour conseiller pédagogique et l’affectation sur des postes en 2/3 temps, les craintes que nous avions se sont révélées fondées.

Un accompagnement des stagiaires insuffisant
Tout d’abord en effet, l’accompagnement sur le terrain(dans les établissements), l’accompagnement des jeunes collègues se révèle notoirement insuffisant. Ainsi, nombre de stagiaires se sont retrouvés à la rentrée sans conseiller pédagogique. Si le problème s’est résolu progressivement, il reste néanmoins des situations très compliquées. En raison de l’impréparation de la réforme mais aussi du fait que dans de nombreux établissements, il n’y a qu’un seul enseignant par discipline, un tiers des collègues qui ont répondu se retrouvent avec un conseiller pédagogique dans un autre établissement (soit de 50 à plus de 200 km !) sans même un tuteur (enseignant accompagnateur d’une autre discipline) dans son établissement. Ainsi, les stagiaires se sont retrouvés à la rentrée sans référent officiel dans leur établissement, laissés seuls...quelle belle entrée dans le métier !
Ce déficit dans l’accompagnement se révèle très néfaste notamment dans la lecture des référentiels (qui sont de plus en plus indigent) et leur interprétation. Comment organiser une séance et à fortiori une séquence quand on sort de l’Université, que l’on n’a jamais réalisé un cours, qu’aucun collègue de la discipline n’est là pour vous aider et que les seules indications du programme se résument à très courte liste de mots clés ? Comment faire pour comprendre les spécificités de l’enseignement agricole (enseignement modulaire, CCF CCF Contrôle Certificatif en cours de Formation , pluridisciplinarité...) sans accompagnement ?
Comment mettre en place et réaliser des TP lorsqu’il n’y a dans l’établissement ni collègue de la discipline, ni collègue technicien de laboratoire ?

Un démarrage dans le métier sous le signe de la précarité en raison d’un non respect des engagements de la DGER (prévus dans les différentes notes de service)
Malgré les belles promesses de la DGER et des engagements clairs pris dans des notes de service. La situation sur le terrain est toute autre et les stagiaires découvrent dès leur prise de poste, la précarité. Tout d’abord en ce qui concerne le volume des heures réalisées. Il était prévu 12h de cours (1/3 temps dégagé pour un enseignant contractuel qui récupérait aussi les 3h de la décharge du conseiller pédagogique. Cet enseignant contractuel à mi-temps était censé remplacé le stagiaire lors de ces 7 semaines de stages...) mais beaucoup de stagiaires nous ont remonté le fait que chaque semaine, le volume des heures de cours réalisées était supérieur (notamment dans les classes où le volume de pluridisciplinarité est important induisant une certaine forme d’annualisation du temps de travail).
Le second engagement était celui du type de classes : pas de classe à examen « si le stagiaire ne le souhaite pas ».(..on sait ce que veut dire le terme « souhait » d’un stagiaire qui arrive en septembre alors que la répartition des classes était déjà faite ). Dans les faits, la majorité des stagiaires a des classes à examen, parfois même dans la discipline majeure de l’examen. Certains se retrouvent donc (en fonction des volumes horaires par discipline) à enseigner dans 4, 5, 6 voir 7 classes !
Le troisième aspect de cette précarité réside dans le fait que certains stagiaires se voient « obliger » d’enseigner dans une autre matière que la leur...voire dans une autre voie de formation (en formation adulte par exemple).
Enfin, ils découvrent toutes les « joies » de la dérégulation et de l’autonomie des établissements : écriture de modules locaux, organisation et réalisation de CCF, volumes horaires affectés inférieurs aux recommandations des programmes, pression des directions qui « refusent » un stagiaire ! ...

Une formation à l’ENFA décalée par rapport aux besoins des enseignants-stagiaires
L’autre nouveauté ou surtout régression majeure de la réforme est la réduction des temps de formation à l’ENFA (de 19 à 7 semaines !). Ainsi, la formation est renvoyée à la charge des établissements, mais surtout à l’auto-formation. Pour cette dernière, pour des échanges, une journée a été bloquée nationalement (le lundi) afin de libérer tous les stagiaires un même jour..dans la réalité, ces journées ne sont pas toujours libérées et très peu utilisées. Ainsi, les stagiaires sont sensés (parce que titulaires d’un BAC+5) avoir acquis des connaissances à l’Université ou les acquérir par la pratique, des connaissances qui correspondent à 12 semaines de formation à l’ENFA ! On notera rapidement au passage que la durée de formation des stagiaires internes est maintenu à 8 semaines...
Un autre point soulevé dans les réponses à l’enquête et la non adéquation entre les besoins des stagiaires et la formation dispensée à l’ENFA. Ce fossé leur semble d’autant plus important que leurs besoins étaient pressants puisqu’ils retournaient ensuite devant les élèves, élèves qui pour certains préparent un examen ! La quantité de travail, les mémoires demandés leur semblent en décalage avec la nouvelle situation des stagiaires. Comme souvent de jeunes enseignants, ils sont à la recherche d’un boite à outils pour faire face aux besoins immédiats de l’enseignant débutant (comme faire cours, gérer un groupe classe...). Il leur semble que l’ENFA n’ait pas engagé la transformation de ces formations en lien avec la masterisation alors que pour eux c’est une réalité....une dure réalité.

Des élèves et des parents d’élèves leurrés par une pseudo-réforme
Et les élèves dans tout cela ? Quelle perception ont-ils de ces nouveaux collègues ? A coté des tâtonnements classiques de tout jeune enseignant, ils constatent bien vite que ce jeune enseignant ne connait pas parfois les modalité d’évaluation, qu’il ne connait pas ou peu les modalités pratiques de mise en oeuvre du programme (moins que les redoublants ?) et surtout qu’il n’est pas remplacé lorsqu’il part en stage ! C’était également une promesse de la DGER...encore une non tenue. Ce statut de professeur à temps partiel (pour reprendre les termes des collègues stagiaires), ce sentiment est un des plus forts exprimés. Presque 2/3 des stagiaires ne sont pas remplacés lorsqu’ils sont en stage à l’ENFA rajoutant à la masse de travail qu’ils ont à faire (rattraper) lorsqu’ils reviennent dans les établissements.

Un combat nécessaire pour une amélioration de la situation de ces nouveaux collègues
Repérer les difficultés de nos collègues tel était l’objectif du questionnaire qui a été massivement retourné (preuve d’une attente réelle). Le bilan de l’enquête sera diffusé dans nos publications, il en sera fait état lors de la journée « formation des maitres » organisée par la FSU (un film regroupant des témoignages dont certains de l’EAP EAP Enseignement Agricole Public a été réalisé et servira d’outil de communication pour demander une remise à plat de la formation des enseignants stagiaires). Cette réflexion se poursuivra d’ailleurs en janvier-février 2011.
Nous rencontrerons dès le tout début d’année 2011 sur ce sujet les services de la DGER afin d’argumenter pour une évolution rapide des formations voire une augmentation substantielle du temps de formation même pour l’année scolaire 2010-2011.
Précisons que notre action ne se limitera pas aux stagiaires externes mais que la situation des internes se dégradant également une mobilisation en parallèle sera nécessaire.


Y.VIGNER
Secrétaire national secteur Pratiques pédagogiques
et formation des Maîtres
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