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La transition écologique : Changement climatique, changement de modèle

samedi 17 janvier 2015

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L’agriculture est au c½ur des problématiques environnementales et sociales qui attendent tous les pays du monde pour ce siècle : ressources raréfiées, changements climatiques, perte de terres cultivables, pollutions en tous genres, croissance des besoins alimentaires.…

Le constat du changement climatique
"En 2070 : Paris avec le climat d’Alicante !" Ce type de prospective spectaculaire marque les esprits sur les effets à moyen terme du changement climatique mais provoque souvent des contestations, quand bien même elle est soutenue par le très sérieux GIEC.

Les preuves concrètes ne manquent cependant pas : l’expansion des zones arides, la fonte des glaciers dans les Alpes, les épisodes de tempêtes dont la fréquence augmente…hors des prospectives sur le réchauffement attendu dans les 50 prochaines années, les éléments de constats montrent l’évidence du changement global subi par notre Planete. Le modèle industriel hérité de la révolution industrielle, productiviste et hyper consommateur de ressources non renouvelables est largement reconnu coupable de ces changements liés aux émissions de GES dans l’atmosphère, et d’une façon plus large le la perte de biodiversité, de sols agricoles, de pollutions en tout genre.

L’agriculture, est touchée directement par ce changement. Depuis 60 ans , les vendanges sont de plus en plus précoces dans le sud est de la France.

Le cycle de développement du végétal est modifié profondément et les enjeux pour les viticulteurs sont importants :

  1. Choix des cépages et des porte-greffes
  2. Respects des cahiers des charges de production (impossibilité d’irrigation, qualités des raisins à la récolte)
  3. Conduite technique de la vigne
  4. Organisation du travail sur l’exploitation

Un modèle agricole mondialisé hors course

Le coût énergétique et l’irresponsabilité les systèmes agro-alimentaires mondialisés
Les exportations de matières premières agricoles ont été multipliées par 7 depuis les années 60, alors que la production elle n’augmentait « que » 4 fois. Il en a résulté, comme attendu par l’OMC, une spécialisation et une interdépendance des pays, et donc : une perte de souveraineté alimentaire (marquée en 2007 par des émeutes de la fin suite à l’envolée des cours des céréales), ainsi qu’une uniformisation des modes de consommation, et l’abandon progressif des systèmes de production paysans, moins compétitifs que les modèles industriels.

L’usage des terres et la perte des surfaces cultivables
Les responsables sont multiples :

  1. l’artificialisation des terres cultivables (en France, 82000 ha de terres arables ont été perdues entre 2006 et 2010, et le rythme se poursuit)
  2. les pollutions et pertes de fertilité : en Europe,19 % des terres sont polluées par les pesticides, 16% sont soumises aux risques d’érosions hydrique ou éolienne d’après l’agence européenne de l’environnement
  3. l’augmentation de l’aridité et la désertification : 3.6 milliards d’hectares sont en danger, qui se trouvent pour partie dans les régions régions d’Europe méditerranéenne. Ce phénomène est lié au changement climatique mais aussi aux pertes de matière organique. Dans ces mêmes régions, c’est parfois la « double peine » : le recours excessif à l’irrigation ont rendu certaines terres incultes du fait de l’accumulation de sel dans les horizons de surface, souvent pour des productions agricoles destinées à l’export (fruits et légumes de contre saison notamment)

Les rendements plafonnent, voire diminuent dans des régions où la ressource-sol est plus particulièrement dégradée

L’accès à la terre
Des phénomènes de spéculations foncières mondialisées face à une demande alimentaire mondiale croissante : des pays comme la Chine (forte population, pertes de terres agricoles et capacités importantes d’investissement) ou bénéficiant de la rente pétrolière font main basse sur les terres fertiles d’Afrique …

Les enjeux
Répondre aux besoins alimentaires et assurer une production alimentaire et correspondant aux dynamiques démographiques
Protéger les ressources comme la matière organique des sols, la biodiversité cultivée, pour conserver voire faire progresser les rendements dans certaines régions du globe,
Favoriser des systèmes de production dits « résilients », c’est à dire résistants aux modifications brusques (climats, mais aussi évolutions économiques rapides : en ce sens les systèmes de production porcine sont inefficaces car très sensibles aux variations de cours de la viande et des céréales et protéagineux)

L’agro-écologie : une réponse nécessaire 
Il s’agit de pratiques agricoles qui utilisent les interactions au sein des agro-écosystèmes plutôt que les intrants afin de produire. Dans ce cas on substitue tout ou partie des engrais chimiques par les capacités du sol au recyclage de la matière organique. On travaille sur les équilibres des écosystèmes pour limiter l’usage des pesticides. On propose des systèmes de production agricoles qui intègrent cultures et animaux au lieu de monoproduction et élevage hors sol, bouclant des cycles et limitant les entrées et sorties.
Au delà des solutions techniques proposées, il s’agit de proposer également des systèmes de distributions des produits plus locaux, et plus autonomes du points de vue des intrants.

Ces méthodes sont propres à améliorer les rendements : par exemple, plusieurs programmes d’agroforesterie en Zambie et au Malawi ont permis de faire augmenter des rendement en Maïs de 1 t/ha à plus de 3 t/ha, en profitant des interactions entre certaines espèces d’arbres et la culture (fournitures d’azote par cette espèce d’acacia, ombrages…). Et ce, dans des situations de productions ou coexistent de nombreux facteurs limitant. Ces techniques réduisent la dépendance des paysans aux engrais chimiques, et, impact incident et non moins intéressant quand le coût des engrais a augmenté 2 fois plus vite que le coût des denrées alimentaires 4

Une transition créatrice d’emplois : notamment par la localisation des activités de production agricole ; on estime à 30-40% d’emplois en plus sur les territoires, mais aussi par la mise place d’une autre façon de penser la production et l’utilisation de l’énergie.

Il y a donc un besoin de régulation et d’Etat. La mondialisation des échanges de produits agricoles a conduit à des systèmes qui ont montré toute l’ampleur de leurs défaillances.
Mais, appuyer la conversion des systèmes de production et de distribution vers la transition écologique va à l’encontre de la recherche des coûts de production les plus faibles (travail à bas coût, mécanisation ou concentration des élevages à grande échelle, absence de prise en compte des coûts sociaux et environnementaux) ; celle ci ne pourra se faire que grâce à une volonté politique forte. Il s’agit d’assurer des prix rémunérateurs aux agriculteurs, de repenser les circuits de restauration collective, de revoir la gestion du foncier avec des objectifs clairs de préservation de terres agricoles, d’investir dans la recherche et le développement agricole, et dans la formation.

Sylvie VERDIER