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« Tout ça...pour ça ? »

Premiers regards sur le rapport du CGAAER sur la réforme de la Voie Professionnelle

lundi 29 août 2016

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Le rapport du CGAAER CGAAER Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux. (Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux) sur « l’évaluation de la rénovation de la voie professionnelle dans l’enseignement agricole » a enfin été publié au mois de juillet. Il est le résultat des travaux de quatre inspecteurs du CGAAER CGAAER Conseil Général de l’Alimentation, de l’Agriculture et des Espaces Ruraux

Ce Conseil a pour mission d’assister les ministres dans l’exercice de leurs attributions en participant à la conception, au suivi et à l’évaluation des politiques publiques qui concernent son champ de compétence.
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Commandé par Stéphane Le Foll suite à une demande du Snetap-FSU FSU Fédération Syndicale Unitaire , ce dossier devait (initialement) être co-rédigé par l’Inspection générale de l’Éducation Nationale mais cette dernière a finalement refusé.
Il devait paraître le 1er avril 2016 ... pour servir et alimenter des réflexions d’amélioration sur la voie professionnelle pour la rentrée 2016. Finalement il ne sera paru qu’une fois les équipes pédagogiques en vacances … dont acte.

Concernant le rapport lui même, il est utile de préciser que ses auteurs ont avant tout souhaité répondre à la commande du Ministre et vérifier si les 3 objectifs majeurs de la réforme de la voie professionnelle ont pu être atteint dans l’enseignement agricole public.
On commencera par préciser que le rapport sera une nouvelle source pour appréhender les réalités de la RVP RVP Rénovation de la voie professionnelle dans l’enseignement agricole public. C’est une source très intéressante en terme de statistiques notamment. Cependant, on regrettera la faible diversité du public interrogé : pas d’élèves, trois parents (FCPE FCPE Fédération des conseils de parents d’élèves des écoles publiques et PEEP PEEP (Fédération) des Parents d’élèves de l’enseignement public )...comment juger de l’importance de la dimension revalorisation dans le passage en 3 ans ? Combien d’enseignants ? On retrouve ici surtout des « institutionnels » avec une sur-représentation des personnels de Direction. Un constat : un bilan est prématuré et le recul manque pour un réel bilan des effets de la RVP (on manque de statistiques surtout pour l’apprentissage, par exemple). Globalement, on retrouve dans ce rapport peu d’analyses et beaucoup de constats. « l’inspection pense cela...les OS OS Organisations Syndicales cela... ».

Un constat partagé
Les auteurs du rapport semblent partager, un certain nombre d’éléments qui remontent du terrain et qui avaient été largement abordés lors de notre journée de lancement de l’année Bac Pro (le 24 mars dernier) à savoir : l’hétérogénéité grandissante des classes et ce qu’elle entraîne comme difficulté pour les enseignants, la baisse du niveau, de maturité, de culture professionnelle des élèves, le questionnement sur le devenir du BEPA BEPA Brevet d’études professionnelles agricoles , les difficultés pour les équipes, les insuffisances de « l’individualisation »...

La marque de l’administration
Mais...c’est aussi un rapport dans lequel l’on retrouve la marque de la DGER DGER Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche / de l’Inspection. Ainsi, on retrouve des généralités maintes fois répétées par l’administration qui n’ont aucun fondement statistiques : « Il (le Bac Pro) a ainsi acquis la même dignité que les autres baccalauréats, ce qui rassure les familles et contribue à valoriser l’image de ce diplôme : obtenu à l’issue d’un cycle de même durée et organisé selon le même type de cursus, le baccalauréat professionnel est devenu un baccalauréat comme les autres ouvrant aux jeunes des perspectives d’avenir en termes d’emploi comme en termes de poursuite d’études supérieures ». « Les enseignants n’ont pas prise la mesure de la réforme (enseignement par capacité), l’individualisation se résume trop à du soutien… ». De façon « surprenante », il se révèle un peu léger sur la classe spécifique…

Un rapport qui répond à une commande bien précise
Efficacité ? On retrouve dans le rapport, l’antienne de l’augmentation du nombre de bacheliers au global (voire des sorties sans diplômes). Le rapport oubliant bien vite que le BEPA est devenu un diplôme évalué complètement en CCF CCF Contrôle Certificatif en cours de Formation ou que l’épreuve de contrôle permet de maintenir artificiellement un taux de réussite pourtant déjà bien bas. Toutefois, le rapport insiste bien sur la baisse du taux d’efficacité de cette formation (les statistiques sont elles très claires). Quant aux passerelles entre les différentes voies de formation. Un constat, seulement (et c’est dommage), elles ne fonctionnent plus vers la voie générale et technologique et connaissent une augmentation de la voie GT vers la voie pro et ce dès la seconde. Le rapport laisse ici de coté une question majeure sur l’avenir de la voie technologique...
Pour ce qui est de la poursuite d’études, si une légère croissance de la poursuite d’étude est constatée, le rapport insiste sur les difficultés à suivre en BTSA BTSA Brevet de Technicien Supérieur Agricole et à réussir son BTSA (-10 points par rapport aux autres étudiants). Enfin, pour ce qui est de l’insertion professionnelle, il évoque les limites et craintes des professionnels, des enseignants mais précise que cela n’est pas encore mesurable.
Pour terminer, il est important de pointer les manques de ce rapport. Ainsi, on ne retrouve rien sur les effets de la RVP en ce qui concerne l’apprentissage (notamment les difficultés à trouver des maitres d’apprentissage pour des contrats de 3 ans) ou rien encore sur le climat scolaire ou sur les conséquences de la RVP sur la Vie scolaire...

Une annexe sur l’épreuve de contrôle
On ne saurait terminer la première analyse de ce rapport sans évoquer l’annexe sur l’épreuve de contrôle. On retrouve ici un peu le ton, l’esprit du rapport, à savoir : « les enseignants n’ont pas compris...voire ne font pas...(sous entendu, ce qu’on leur demande...c’est pour cela que cela ne fonctionne pas). Les élèves sont parfois en difficulté...car ils n’ont pas la fiche préparatoire...que ne leur ont pas donné les enseignants (sic) ». « L’esprit d’un contrôle d’un niveau 4 n’est pas maitrisé par les enseignants. Il faut donc faire œuvre de pédagogie et expliquer l’esprit de l’épreuve aux enseignants car ceux qui en ont compris l’esprit trouvent l’épreuve très pertinente… ».

Les quelques propositions ratent l’essentiel
Au final, on retrouve quelques propositions qui peuvent être intéressantes mais qui passent à coté de l’essentiel
La première d’entre elle consisterai à simplifier le BEPA. A ce titre, il est important de rappeler que malgré ce qui est écrit dans le rapport, JAMAIS le Snetap-FSU FSU Fédération Syndicale Unitaire n’a pris de position pour sa suppression. Nous avons juste fait remonter les difficultés rencontrées sur le terrain par les équipes pédagogiques qui en ont la gestion désormais, par les professionnels qui s’interrogent sur sa valeur et par les élèves qui sont de fait en évaluation « permanente ». Il est clair cependant, que le status quo est impossible ! La deuxième serait de réfléchir à une année passerelle avant ou pendant le BTSA. La troisième serait la mise en place d’un accompagnement pérenne des équipes avec un référent RVP stable à l’échelle du SRFD SRFD Services Régionaux de la Formation et du Développement . Et enfin, pour les dispositifs d’individualisation, la création d’un cadrage national et une consolidation budgétaire.
Mais tout cela, passe, à notre sens, à coté de l’essentiel ... car ce rapport n’a pas été jusqu’au bout de l’analyse de la réforme …
Est-ce une réussite ? Non, car le taux d’efficience (% des élèves en 1ère Pro qui ont à la fin de leur cursus leur diplôme a diminué de près de 7 points). Non, car le BEPA a presque perdu toute sa valeur. Non, car les bacheliers professionnels ont plus de mal aujourd’hui qu’hier à poursuivre dans l’enseignement supérieur. Non, car leur insertion professionnelle est plus difficile aujourd’hui. Non, car leur « niveau » professionnel (jugé par leurs pairs) est plus faible ... et pour tout cela, le rapport ne propose pas grand-chose.

Y.VIGNER
Secrétaire national
Secteur Pédagogie et Vie scolaire