Canicules, incendies sans précédents, sécheresse et tension majeure sur l’eau, récoltes catastrophiques, effondrement de la biodiversité, pollutions chimiques, retard dans l’adaptation au changement climatique dénoncé par les plus hautes autorités de la République… Rarement l’urgence d’agir n’aura été aussi évidente que cet été. Elle réclamerait des interventions fortes de la ministre et du ministère, pour établir et mettre en œuvre les politiques publiques agricoles qui seraient à la hauteur des enjeux.
Et pendant ce temps ?
Notre ministère consacre une énergie considérable à défendre un modèle agricole et forestier productiviste, responsable, pour partie de ces catastrophes ! La multiplication, cette année encore, des dérogations à l’interdiction d’utilisation de pesticides en sont une bonne illustration. Dernier épisode en date, la loi d’urgence agricole et tous les décrets d’application qui sortent en ce moment et font apparaître l’intensité des retours en arrière, des renoncements, des abandons, du sacrifice de l’intérêt général au profit de quelques intérêts privés !
Une fois de plus, alors que le plan CASI (Climat, Adaptation, Sécheresse,. Incendie) va mobiliser 1,3 milliard d’euros d’aides exceptionnelles, quel service public va payer l’addition ? Placée auprès de la DGPE, la toute nouvelle « cellule d’appui » prétend « favoriser la déclinaison opérationnelle » du plan à coups de termes technocratiques. Entre la gestion d’un « point d’entrée privilégié », l’alimentation d’une « foire aux questions », la « consolidation des remontées » et la promesse d’une « communication efficace », la technostructure s’auto-entretient. Mais pendant que Paris rédige des fiches et consolide des tableaux, ce sont les agent·es des services déconcentrés (DDT(M) et DRAAF DRAAF Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt ) qui doivent assumer seuls la mise en œuvre concrète des mesures sur le terrain. La cellule d’appui va-t-elle réellement traiter les blocages ou simplement exiger des collègues qu’ils fassent toujours plus, avec toujours moins ?
La politique salariale suivie par le pouvoir a des conséquences particulièrement lourdes pour le service public et nourrit la crise de recrutement. Depuis 1983 (fin de l’indexation du point d’indice sur l’inflation), le traitement indiciaire en euros constants des fonctionnaires est en chute libre.
Après la revalorisation du SMIC SMIC Salaire minimum interprofessionnel de croissance du 1er juin 2026, ce sont 862 000 agent·es des trois versants de la Fonction publique qui ont une rémunération indiciaire inférieure au SMIC : personnels des catégories C et B, titulaires et contractuel·les, AED, AESH AESH Accompagnant des élèves en situation de handicap. ... Le gouvernement n’a pas fait le choix de revaloriser la grille de rémunération en conséquence ou de revaloriser la valeur du point d’indice, mais se contente du versement d’une indemnité différentielle aux personnels concernés.
Cela signifie que pour elles et eux les progressions de carrière et l’ancienneté sont sans effet financier : changer d’échelon n’amène pas de progression de rémunération, celle-ci reste au niveau du SMIC. C’est donc le principe même du droit à la carrière qui est remis en cause pour ces personnels.
Le recrutement en catégorie A est à 15 points d’indice seulement au-dessus du salaire minimum soit à 1,04 SMIC pour les enseignant·es, voire en dessous du SMIC pour les assistant·s ingénieur·es.
On assiste ainsi à un rattrapage par le bas des échelles de salaire, donc à un tassement des rémunérations autour de ce qui devait à l’origine n’être qu’un minimum.
L’Élan commun dénonce fermement la perte de rémunération indemnitaire subie par les agents FEADER transférés, tout particulièrement en Occitanie. Il est inacceptable qu’une restructuration se traduise par une baisse de revenu liée à l’effondrement du CIA. Cette dérive n’est d’ailleurs pas isolée : au sein même de notre ministère, certaines directions persistent à appliquer leurs propres règles locales en refusant de respecter la note de service nationale relative à l’attribution du CIA.
De la même façon, la précarité se poursuit pour les agent·es contractuel·les de notre Ministère, malgré les échanges du mois de juillet et les engagements du Cabinet sur de nombreux sujets, de nombreuses situations restent à régler : que ce soit concernant le statut des AESH AESH Accompagnant des élèves en situation de handicap. et pour le moment la note de service qui règle leurs missions et leurs conditions de travail ou encore pour les assistant·es d’éducation pour lesquels nous attendons toujours la doctrine promise pour les poursuites de contrat…
La fin du dispositif Brexit laisse un peu plus de 400 agent·es dans une précarité intolérable. En se limitant au strict minimum légal et laissant les agent·es “être acteur·rices de leur mobilité”, l’administration organise un véritable plan social déguisé. Nous exigeons un accompagnement réel et humain, à la hauteur de l’engagement de ces personnels, et non une simple Bourse aux emplois temporaires. L’Élan commun revendique trois propositions fermes de poste par agent·e : chercher à « rendre les postes attractifs » ne remplacera jamais une vraie protection statutaire et humaine !
Une telle situation catastrophique pour les agent·es du ministère devrait vous amener, Madame la secrétaire générale, à porter l’exigence d’un plan de requalification massif, d’un plan massif de déprécarisation, suivi de concours réguliers, d’un plan de transfert prime/point, ainsi que des mesures immédiates de revalorisation des grilles et du montant du point d’indice. Il faut de nouvelles mesures indiciaires générales qui raccrochent vraiment les rémunérations à l’augmentation des prix, à la réalité du coût de la vie. Le point d’indice doit être revalorisé de 20% tout de suite et des points additionnels doivent être donnés sur toutes les grilles salariales. Le traitement minimum de la Fonction publique doit être porté à 1750 € net, ce qui le ramènerait à son niveau des années 70 (c’est-à-dire 120 % du SMIC environ) et les grilles de carrière doivent être revalorisées pour leur redonner de l’ampleur et sortir de l’insupportable tassement.
Malheureusement, les premières annonces gouvernementales, l’austérité annoncée, les 54 milliards recherchés sur le dos des malades, des retraité·es, des fonctionnaires sont à l’opposé de ces mesures ! Pour les agent·es du ministère et des opérateurs, les interrogations, pour ne pas dire les inquiétudes sont fortes pour les programmes budgétaires 142, 143, 206 et 215 !
C’est pour toutes ces raisons que les personnels du ministère de l’Agriculture sont appelés à participer nombreuses et nombreux aux mobilisation des prochains jours,
- le 26 septembre dans les marches pour le climat, le vivant, la paix et la justice sociale ;
- le 29 septembre, à l’appel de toutes les organisations syndicales de la Fonction publique, à faire grève et manifester dans les rues, puis participer aux assemblées générales afin de construire les suites de cette mobilisation ainsi que son élargissement à l’interprofessionnel et à rejoindre toutes les mobilisations, contre la cherté de la vie et les injustices et les inégalités sociales ;
- le 3 octobre, à l’appel de plusieurs organisations professionnelles et associatives environnementales, à participer à la manifestation massive pour dénoncer les ravages de l’industrie agrochimique afin d’obtenir la mise à l’arrêt du site de Syngenta à Saint-Pierre-la-Garenne, dans l’Eure ;
en portant haut et fort des drapeaux du ministère de l’Agriculture pour montrer qu’ils et elles ne cautionnent pas la politique de leur ministre.


