Madame la Ministre,
Monsieur le Directeur Général,
Après le dépôt d’un préavis de grève pour ce vendredi 13 mars à l’échelle de l’ensemble des EPLEFPA EPLEFPA Établissement Public Local d’Enseignement et de Formation Professionnelle Agricole de Bourgogne-Franche Comté, le SNETAP-FSU FSU Fédération Syndicale Unitaire souhaite vous alerter sur la situation particulièrement préoccupante de l’enseignement agricole public en région Nouvelle-Aquitaine alors que se prépare la rentrée 2026 dans les établissements.
Lors du comité social d’administration (CSA) de l’enseignement agricole du 18 novembre 2025, vous avez annoncé une augmentation du budget 2026 correspondant à 40 équivalents temps plein (ETP ETP Équivalent Temps Plein ) sur le programme 143 consacré à l’enseignement technique agricole.
Pour l’enseignement agricole public, cette augmentation se traduit donc par 14 ETP supplémentaires au niveau national.
Cependant, la région Nouvelle-Aquitaine connaît une évolution inverse. Après l’annonce de la suppression de 8 postes à la rentrée 2025, la Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt a annoncé une nouvelle suppression de 4,3 postes supplémentaires (soit 2 700 heures de Dotation Globale Horaire – DGH DGH Dotation globale horaire ) pour la rentrée 2026, exclusivement dans l’enseignement public.
Parallèlement, la DRAAF DRAAF Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt a présenté un projet de carte des formations pour la rentrée 2026, non validé par les instances consultatives, et caractérisé par un développement nettement plus favorable à l’enseignement privé. Ce projet prévoit notamment la fermeture de plusieurs formations de BTSA BTSA Brevet de Technicien Supérieur Agricole , pourtant au cœur des missions de l’enseignement agricole public, tandis que celui-ci ne serait autorisé à ouvrir qu’une classe de 3ᵉ et deux CAPa.
Cette baisse de moyens et cette absence d’ambition pour la nouvelle carte des formations sont incompatibles avec les orientations nationales fixées par le Parlement et le Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire.
1 - Incohérence avec les objectifs de la loi d’orientation agricole
La Loi d’Orientation pour la Souveraineté Alimentaire et le Renouvellement des Générations en Agriculture (LOSARGA), promulguée le 25 mars 2025, fixe pour objectif une augmentation de 30 % des effectifs dans l’enseignement agricole d’ici 2030.
La réduction des moyens humains dans les établissements apparaît donc en contradiction avec cette ambition.
La réussite de cette évolution de notre outil de formation repose en effet sur l’engagement des personnels enseignants, éducatifs, techniques, administratifs et de santé, déjà fortement sollicités. Toute diminution des effectifs compromet leur capacité à atteindre les objectifs assignés au système de formation agricole.
2 - Une baisse concentrée sur seulement deux régions
Lors de la répartition nationale des Dotations Globales Horaires, seules deux régions ont subi une diminution de leurs moyens : la Nouvelle-Aquitaine et la Bourgogne-Franche-Comté.
En Nouvelle-Aquitaine, la suppression cumulée de plus de 10 postes sur deux ans en fait la région la plus impactée. Cette décision intervient paradoxalement dans la première région agricole de France, alors même que l’État affiche l’objectif de renforcer l’attractivité et le rôle stratégique de l’enseignement agricole.
L’augmentation à l’échelle nationale de 14 ETP accentue l’incompréhension face à la situation régionale.
3 - Des conséquences directes sur le fonctionnement des établissements
La suppression de 4,3 postes supplémentaires aura plusieurs effets :
- augmentation de la charge de travail des personnels, dans un contexte déjà préoccupant pour les conditions de travail ;
- réduction des capacités d’accueil dans les établissements publics ;
- fragilisation de formations déjà sous tension ;
- disparition possible d’options ou d’accompagnements individualisés ;
- risque accru de mobilités forcées « dans l’intérêt du service ».
Ces évolutions pourraient compromettre la qualité des formations et les perspectives de réussite des élèves et étudiants.
4 - Des moyens réduits malgré le déploiement du Bachelor Agro
Ces réductions interviennent également alors que la région Nouvelle-Aquitaine doit porter dès aujourd’hui trois expérimentations du Bachelor Agro, nouvelle formation destinée à répondre aux besoins des filières agricoles et agroalimentaires.
Or, l’ouverture de ces formations est accompagnée de dotations limitées (environ un demi-poste par Bachelor), ce qui pose la question de la capacité des établissements à assurer un encadrement pédagogique et une innovation pédagogique suffisants.
5 - Une répartition fondée sur des données contestées
Vous indiquez que la répartition des DGH repose notamment sur l’évolution des effectifs sur trois ans et sur un objectif moyen de 78 heures par élève. Pour la Nouvelle-Aquitaine, vous évoquez une baisse des effectifs entre 2022 et 2025 (9 121 élèves en 2022 contre 9 106 en 2025).
Cependant, les chiffres présentés par la DRAAF lors du dernier CREA indiquent 9 110 élèves en 2022 et 9 124 élèves à la rentrée 2026, soit une augmentation de 14 élèves.
Cet écart de 29 élèves entre les deux sources pourrait avoir influencé le calcul de la dotation moyenne par élève et appelle une vérification.
6 - Une carte des formations sans ambition
La carte des formations présentée lors du CREA du 8 décembre 2025 prévoit pour l’enseignement agricole public :
- deux ouvertures seulement (une classe de 3ᵉ et un CAPa métiers de l’agriculture) ;
-quatre fermetures de formations ;
- sept demandes d’ouverture refusées.
Cette situation pourrait fragiliser certains établissements et limiter la capacité de l’enseignement agricole public à répondre aux besoins des territoires.
7 - Un développement plus favorable à l’enseignement privé
Dans le même temps, l’enseignement agricole privé se voit autorisé à ouvrir neuf nouvelles formations, dont certaines validées une semaine après la tenue du CREA.
Ce différentiel accentue l’écart déjà existant entre l’offre de formation publique et privée dans la région.
8 - Une procédure de validation incomplète
La carte des formations appelée à s’appliquer à la rentrée 2026 n’a fait l’objet d’aucun vote formel dans les instances consultatives régionales.
Bien que présentée devant le CSA, le CREA et les CAEN, elle n’a pas été soumise à leur avis, alors que ces consultations sont prévues par le Code rural et le Code de l’éducation.
Par ailleurs, les documents présentés dans ces instances comportaient des versions différentes et plusieurs erreurs, ce qui a rendu leur analyse difficile.
Madame la Ministre, Monsieur le Directeur Général, l’ensemble de ces éléments appellent une clarification administrative et une réévaluation des décisions annoncées, afin de garantir la capacité de l’enseignement agricole public à remplir ses missions de service public et à répondre aux besoins des territoires de la première région agricole française.
Frédéric Chassagnette et Laurence Dautraix
Co-Secrétaires Généraux du SNETAP-FSU

