SNETAP-FSU

Syndicat National de l’Enseignement Technique Agricole Public

Accueil > Nos Actions > Les Mobilisations > Acte 1 : « On ne s’est pas caché derrière notre petit doigt ce coup là ! (...)

Francis Nappez, Directeur de Hectar

Acte 1 : « On ne s’est pas caché derrière notre petit doigt ce coup là  ! »

mardi 1er mars 2022

Enregistrer au format PDF

Tout à fait Francis... pour une fois... et ça commence à se voir...

Le Communiqué du Collectif (en pdf)

Samedi 26 février, jour de l’ouverture du Salon de l’Agriculture, l’école Hectar organisait pas moins de deux débats avec pour écrin tout désigné la Ferme Digitale... oui vous savez bien, l’autoproclamé « plus grand campus agricole du monde  » en toute humilité... qui tous les trimestres depuis que Xavier Niel a lancé l’offensive médiatique en janvier 2021 inonde la presse de Capital aux Échos, du New-York Times à Elle et Madame Figaro.

Une quinzaine de membres du Collectif de l’Enseignement Agricole Public, enseignant.es et paysan.nes, avaient également décidé de rejoindre la Ferme digitale pour venir assister et même... participer à la première heure d’un débat intitulé, excusez du peu  : « Comment répondre au renouvellement des générations agricoles par l’entrepreneuriat, la tech et la formation ?  »

Autant dire que la communication des 4 intervenant.es à la tribune a été du meilleur effet, fluide et connectée... avec une animation plutôt bien balancée par une journaliste de « Réussir  »  :


  • le Directeur de Hectar en « grand timonier  », au CV très « Tech  »... de Free à Meetic, en passant par Blablacar, avant de chausser ses bottes en caoutchouc et de s’enthousiasmer par la création de ce « nouvel écosystème qu’est Hectar et ses multiples partenariats  »  ;
  • la DRH DRH Direction des Ressources Humaines du Château d’Yquem, en recherche de salarié.es comme ses partenaires « traditionnels  » de gens à former... et qui a simplement saisi l’opportunité que lui offrait Hectar de relancer une formation pour 8 adultes en reconversion de salariés viticoles... en rien différente (taille, conduite de tracteur, travail du sol)... mais sous label « Hectar Sauternes  »  ;
  • la Directrice Générale d’ITK, société spécialisée dans les services d’aide à la décision dans l’agriculture et l’agroalimentaire, « qui n’est pas au cul des vaches, mais en permanence à l’écoute des besoins du monde agricole via les réseaux sociaux  » (sic) afin de placer les algorithmes qui vont bien, en passant avec agilité des besoins des grands céréaliers américains à ceux d’une agroécologie réconciliée avec la Tech... Comprenez qu’elle devait être fâchée... l’agroécologie...  ;
  • la Responsable pédagogique de l’Ecole 42, école sans enseignant et fière de le rappeler, qui depuis décembre offre à un certain nombre de ces développeurs la possibilité, une fois leur socle de base acquis, d’être accueillis sur le campus Hectar pour un module d’AgriTech IA... ces derniers ayant été sélectionnés sur la base d’une rédaction leur permettant d’exposer leurs motivations et leurs idées ou envies de développer de nouveaux outils numériques au service de l’agriculture... Rien de moins  ! Ah si... sur les 20 étudiant.es qui ont rejoint Hectar en septembre, 10 sont déjà reparti.es « vers d’autres horizons  »...

Cette présentation de ce monde sous label Hectar ripoliné et hyper connecté a duré environ ¾ d’heure. On ne peut que reconnaître que les propos tenus ont été parfaitement raccord avec la 3ème Révolution Agricole « numérique, robotique, génétique  » d’un président déjà en campagne toujours non déclaré, mais déjà accompagné en matinée d’Audrey Bourolleau... enfin l’ex-conseillère à l’Élysée pour l’agriculture (avant qu’elle ne fasse un pas de côté pour ouvrir son école... vous savez... avec Xavier Niel... oui Hectar précisément...), future conseillère à l’agriculture du futur candidat à l’élection présidentielle... et qui devrait retrouver sous peu Julien Denormandie, directeur putatif de la campagne du candidat putatif LR-EM... Vous suivez toujours  ? Restez connectés qu’on vous dit  !

Puis est arrivé le temps du contradictoire, assurément non prévu dans le dispositif des promoteurs d’Hectar, mais 3 membres du Collectif Enseignement Agricole Public se sont chargés de rompre le bel unanimisme affiché jusque là. Ainsi, 3 interrogations auront suffit à faire apparaître de premières lézardes en façade du modèle Hectar  :

  • d’abord la prétendue complémentarité entre Hectar et l’établissement agricole public de la Tour Blanche n’a pas résisté longtemps...

la DRH du château d’Yquem concluant que la seule plus-value d’Hectar réside dans la capacité de mise en réseau et de communication... le contenu et l’opérateur réel de formation étant bien ici le CFPPA CFPPA Centre de Formation Professionnelle et de Promotion Agricole
(formation continue pour adultes)
de la Tour Blanche... la cheffe de projet Hectar en Nouvelle-Aquitaine se contentant d’assurer un suivi des études en tutorant les 8 stagiaires en question (sur 12 attendus)... Après, il est vrai qu’en attendre plus au regard de son profil ne serait guère sérieux, cette dernière étant plus spécialisée dans les camps de « vacances apprenantes  » façon JM Blanquer et en développement personnel qu’en matière d’enseignement et de formation... celle-ci s’étant toutefois assurée par convention de « récupérer chaque semaine les cours et leurs annexes et jusqu’aux liens internet transmis aux stagiaires par leurs formateurs  »... Pourquoi en effet insulter l’avenir !

  • ensuite, l’intelligence artificielle présentée comme l’alpha et l’oméga de ce qui devrait prétendument faire l’attractivité de demain d’un métier d’entrepreneur agricole plus performant et simplifié à façon... a de fait eu bien du mal à se reconnecter « au vivant  » pourtant constitutif de l’essentiel du rapport au métier d’éleveur  !

- enfin, l’échange s’est conclu sur l’interpellation d’un professeur d’économie du lycée agricole public de Tours-Fondettes qui a résumé son propos en reprenant la question du débat elle-même, à savoir « Comment répondre au renouvellement des générations agricoles par l’entrepreneuriat, la tech et la formation ?  », pour interroger la tribune en ces termes  : comment croire qu’on répondra aux défis de l’avenir pour la profession agricole avec les solutions du passé... celles-là mêmes qui ont surtout conduit les paysans à s’endetter et pour nombre d’entre eux à disparaître irrémédiablement comme les derniers chiffres du recensement agricole en témoignent... Il a conclu son intervention en relevant que finalement dans tout ça, la seule opportunité qui tienne résidait finalement dans la recherche de captation d’un des derniers marché data libre... celui des données agricoles  !

De son côté, le directeur d’Hectar s’en est tenu à rappeler que le propos de la matinée s’inscrivait dans le cadre de la Ferme digitale du Salon, ajoutant : « On ne s’est pas caché derrière notre petit doigt ce coup là  !  ». Effectivement... il y a au moins un point sur lequel on est tombé d’accord  ! Pour le reste, le Collectif EAP EAP Enseignement Agricole Public
ou
Emploi d’avenir professeur
, tracts à l’appui, a donné rendez-vous au 29 mars pour une nouvelle journée nationale d’action en faveur d’un tout autre modèle, avec à 11h un rassemblement militant devant le siège de l’école Hectar et à 14h à la Défense pour un forum citoyen afin de débattre de façon ouverte autour d’enjeux sociaux et environnementaux majeurs  : renouveler les générations de paysan.nes en promouvant une agriculture à taille humaine par la priorité à donner à l’Enseignement Agricole Public  !