Les Assises sont organisées par un ensemble de syndicats et d’associations : CGT CGT Confédération générale du travail , FSU FSU Fédération Syndicale Unitaire , Solidaires, Andeva, ASD‐Pro, Association des experts intervenant en santé au travail, ATTAC, Ateliers Travail et Démocratie, Cordistes en colère, Réseau féministe « Ruptures », Association‐Santé‐Médecine‐Travail, Réseau Eco‐syndicaliste. Un membre du SNETAP fait partie du comité d’organisation.
Les Assises ont pour objectif premier d’aider les participantes et les participants et leurs organisations à défendre et conquérir la santé des travailleurs et travailleuses au travail. Les Assises sont un lieu où l’on prend le temps d’exposer et de partager nos expériences, de discuter de l’intérêt et des limites de chacune d’elles dans les circonstances qui ont été exposées.
Le programme de cette 3ème édition a d’abord cherché à répondre aux besoins dans les interventions quotidiennes des membre des C3SCT - dans le privé - et des F3SCT (ou à défaut, des comités sociaux privés comme publics) ;
- concernant l’adaptation des postes de travail pour prévenir les licenciements ;
l’arrivée de l’intelligence artificielle et les tâches syndicales qui en découlent tout comme du réchauffement climatique ; - les enquêtes à mener sur le travail réel ou les poly‐expositions ;
- les atteintes spécifiques à la santé des femmes.
Les ateliers se sont ouverts aussi à de nouvelles perspectives comme le devoir de vigilance ou la sous‐traitance des risques, le travail de l’eau ou des saisonniers, le lithium, ou les combats internationaux. Nouveauté aussi cette année : impulser une campagne nationale sur les atteintes à la santé des jeunes.
Quelques moments forts :
Les jeunes meurent au travail
En 2025, cinq mineur∙es, en stage ou apprenti∙es, sont mort·es au travail en France. Plus largement, les moins de 25 ans ont une fréquence d’accidents du travail 2,5 fois supérieure à la moyenne des salarié∙es. Les jeunes subissent aussi des VSS. La plénière a fait un état des lieux des atteintes portées à la sécurité et à la santé des jeunes au travail, et a proposé des pistes d’actions communes pour les combattre, notamment dans la perspective du 28 avril, journée mondiale sur la sécurité et la santé au travail. Un appel est lancé à l’enseignement professionnelle de l’éducation nationale et à l’enseignement agricole et maritime à ce sujet pour poursuivre les travaux tout au long de l’année jusqu’aux prochaines Assises en mars 2027 (si vous êtes intéressé.e, rapprochez-vous du secteur SSCT du SNETAP-FSU).
Risques psycho‐ sociaux et préjudice d’anxiété
La reconnaissance de l’exposition professionnelle aux agents environnementaux pathogènes est très variable en fonction de la nature de ces agents et des secteurs d’activités. Elle est plus difficile dans la fonction publique, particulièrement dans le monde de l’enseignement en ce qui concerne les résistances pour reconnaître et prendre en charge l’exposition à l’amiante, malgré la mobilisation des personnels, des syndicats et des associations de parents. Même en cas de reconnaissance d’un environnement pathogène (chlordécone, dérivés benzéniques, amiante…), la responsabilité de l’employeur ou de l’Etat n’est pas automatique notamment en raison des délais parfois très longs entre l’exposition et la survenue de pathologies. Dans ce cas l’indemnisation des personnes exposées a pu être rendue possible avec la jurisprudence du « préjudice d’anxiété » lié à la crainte de développer une maladie très grave, reconnu à partir de 2009‐2010 pour l’amiante et étendu à d’autres expositions et précisé ultérieurement par la Cour de cassation et très timidement par le Conseil d’Etat.
Le préjudice d’anxiété peut utilement compléter les réponses syndicales pour les travailleur·ses exposé·es à des substances reconnues scientifiquement et médicalement très dangereuses. c’est ce que sont venus nous dire Jean‐Paul Teissonnière, cabinet TTLA, avocat très investi sur ces questions, Sebastien Tirloir, enseignant dans un collège de Vincennes mobilisé par rapport à l’Amiante, président de l’association Romainville sud, Vincent Pruvost, maire-adjoint, chargé de l’urbanisme, responsable associatif Environnement 93 et Romainville‐Sud, avec des syndicalistes de la CGT/FSU/Solidaires. Objectif : faire évoluer ce préjudice immatériel et subjectif dans l’intérêt des collègues jusqu’à son inscription dans la loi… et aussi ‐ comme tous les autres RPS
RPS
Risques Psychosociaux
‐ dans les tableaux de maladies professionnelles.
Militer : souffrir et/ou s’engager
Nos camarades militant·es remontent beaucoup de situations de souffrance. Les motifs en sont nombreux, les exigences émotionnelles face aux agent·es/salarié·es en détresse, la difficulté à obtenir des résultats malgré un temps important d’investissement, l’absence de reconnaissance, de soutien, voire la répression, l’isolement dans le travail syndical quand l’équipe syndicale ne fonctionne pas bien, voire reproduit les oppressions internes au monde du travail… La double posture de l’élu·e, dans sa relation avec ses collègues comme avec la direction, oblige à un équilibre parfois difficile à trouver entre différentes identités. La réflexion syndicale et associative est encore balbutiante dans ce domaine, mais elle existe.
à partir des réflexions syndicales et des pratiques positives et des premières recherches à ce sujet - pour l’instant non approfondie dans la fonction publique -, notamment par Frédéric Rey, sociologue, professeur au CNAM, participant au programme de recherche Syndicare :« Et si la santé des syndicalistes devenait (enfin) un objet de recherche ? », des réflexions émergent : le sentiment d’inutilité (prérogative des CAP
CAP
Commission administrative paritaire
C’est une instance de représentation et de dialogue de la fonction publique française.
Les CAP sont chargées d’examiner des situations individuelles, mais elles soumettent aussi parfois des motions à caractère collectif.
, fusion CT/CHSCT
CHSCT
Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail
...) généré par les ordonnances Macron, la place du contact avec les agent·es/salarié·es sans qui rien n’existe, la réflexion sur le syndicalisme qui peut reproduire les dysfonctionnements organisationnel des entreprises/administrations (domination, cadence,...). Constat : les chercheur.ses sont interpellé·es pour la première fois par des syndicalistes : épuisement professionnel, retraite des mandats, voire gestes de désespoir. Ce chercheur alerte : le monde du travail se transforme en permanence mais son accélération récente a pour la première fois une conséquence sur la santé des représentant·es des personnels, même les plus aguerris. Résultat : usure, fatigue, RPS. Mais comme dans le monde du travail, ce sont les catégories suivantes : femmes, précaires, personnes en situation de handicap ou racisées qui sont les plus touché·es.
Un psychologue du travail, chercheur CGT à l’INRS, Marc Benoit présent aux Assises prévient lui aussi : si on ne fait pas attention, l’organisation syndicale peut reproduire ce qui se passe dans une entreprise/administration. Le travail domestique syndical ne donne pas souvent accès à la reconnaissance. La critique d’analyse du travail militant est nécessaire au sein de chaque organisation de défense du droit du travail.
Il existe des outils pour y faire face. Exemple : l’organisme de formation Groupe-3E propose des séances adaptées selon le secteur (privé/ trois versants de la fonction publique) comme « La souffrance des représentants du personnel, comment y faire face ? ».
D’autres sujets ont été évoquées :
- l’Intelligence artificielle, travail réel, interventions des travailleurs·ses et de leurs organisations
- Eau et assainissement en Île‐de‐France : agent·es, salarié·es et usagers face à la désinformation et à la dégradation des conditions de travail. Une polyexposition (amiante, risques chimiques et biologiques) qui touche tout le monde
- Le rôle de la qualité de l’air intérieur dans la prévention des risques aéroportés sur le lieu de travail : l’exemple du Covid
- Le devoir de vigilance, un outil de mobilisation contre les chaînes d’approvisionnement mondialisées

