En décembre 2025, un collectif de scientifiques a publié dans le journal Le Monde, une enquête concernant l’exposition des élèves, collégiens et lycéens aux pesticides. Retrouvez ici le diagnostic concernant votre établissement : https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2025/12/18/votre-ecole-est-elle-soumise-a-une-forte-pression-pesticide-explorez-notre-carte_6658475_4355771.html
Cette enquête suit de quelques semaines, la publication d’une grande étude scientifique intitulée Pestiriv qui a clairement montré que les riverain·es de parcelles viticoles et non viticoles étaient sur-imprégné·es et sur-contaminé·es de pesticides et de résidus phytosanitaires. Cette sur-contamination environnementale et cette sur-imprégnation biologique ne peuvent qu’augmenter fortement le risque de déclencher certaines maladies dont certaines comme le lymphome, le myélome, le cancer de la prostate ou la maladie de Parkinson sont les quatre maladies reconnues actuellement comme maladies professionnelles pour les manipulateur·rices de pesticides...
ou
Emploi d’avenir professeur ? Toutes et tous exposé·es !
Dans ces deux enquêtes qui s’intéressent principalement aux usager·es – les élèves – ou les riverain·es, sont oublié·es les personnels des établissements d’enseignement public qui pour certain·es y exercent depuis des décennies …. Et ceci est particulièrement vrai pour les personnels de l’Enseignement Agricole Public !
Depuis des décennies, ces personnels, sur leur lieu de travail, majoritairement situé en zone agricole, avec des parcelles agricoles à proximité, sont exposé·es lors des épandage de pesticides, soit directement comme manipulateur·rices de produits phytosanitaires, pour les chef·fes d’exploitation devenu·es directeur·rices, les salarié·es agricoles des exploitations ainsi que les personnels d’entretien des espaces verts – jusqu’aux restrictions voire interdictions d’utilisation de ces produits… soit victimes de la dérive de pulvérisation comme professionnel·les exerçant dans un milieu particulièrement exposé aux pesticides lorsque les parcelles se trouvent en proximité immédiate des bâtiments. C’est aussi le cas pour les enseignant·es organisant une visite de parcelles, un TP/TD dans des parcelles régulièrement traité·es – il faut rappeler ici que l’information d’un traitement et d’interdiction d’entrée dans une parcelle traitée date de 2006 (voir ici) seulement, renouvelée en 2017 (voir ici) – il serait intéressant de savoir à quel moment cette information est devenue systématique dans nos établissements - … Tous les personnels travaillant dans les locaux de l’établissement agricole qui en pleine période d’épandage de pesticides peuvent être particulièrement exposées à la dérive de pulvérisation avec des fenêtres ouvertes, des dispositifs d’aération défaillants voire inexistants permettant une accumulation de résidus bien au-delà de niveaux dangereux pour la santé !
Intoxication : Effet nocif qui intervient lorsque l’on avale ou inhale une substance toxique, ou lorsque cette dernière entre en contact avec la peau, les yeux ou les muqueuses
Les pesticides détruisent les organismes ciblés en perturbant des processus biologiques vitaux. Comme le bon fonctionnement de notre organisme dépend souvent de processus similaires, ils ont aussi des effets néfastes sur notre santé. Aujourd’hui, le consensus scientifique existe pour estimer que tout le monde en France peut être considéré comme contaminé par les pesticides et ceci à des doses plus ou moins importantes - l’« effet cocktail » en accroît les méfaits -. Le nombre de molécules (ou de leur métabolite) retrouvées dans les cheveux ou urines est élevé, et l’âge n’y fait rien puisque des enfants peuvent être davantage contaminés que des adultes.
Cette contamination est d’autant plus forte que les personnes sont exposées aux pesticides (manipulateur·rices, riverain·es…). Le contexte particulier de l’exposition aux pesticides des personnels de l’EAP renforce cette contamination… et par conséquence l’intoxication qui n’aura pas les mêmes conséquences pour tous les organismes.
En effet, une fois à l’intérieur des organismes, ces molécules intoxiquent l’organisme humain. En médecine, on distingue deux types d’intoxication :
+ des intoxications aiguës qui surviennent immédiatement ou peu après une exposition ponctuelle ou de courte durée à un pesticide. Une intoxication aiguë peut survenir à l’occasion d’une manipulation ou à l’occasion d’une entrée dans une parcelle récemment traitée. Le délai de rentrée dans une parcelle traitée (de 6 à 48 heures selon la nocivité du produit) existe depuis 2006 et l’information a encore du mal à circuler dans les établissements.
Elles varient selon la toxicité du pesticide, la quantité et la concentration de l’ingrédient actif ainsi que la voie de contamination (par ingestion, par inhalation, et par la peau). Les symptômes les plus fréquents d’une intoxication aiguë sont des maux de tête, nausées, vomissements, convulsions, tremblements, étourdissements, fatigue, perte d’appétit, irritation des yeux ou de la peau.
Plus personne aujourd’hui (ou presque...), ne nie les risques encourus de l’exposition régulière, ordinaire, habituelle aux pesticides et leurs résidus… et pas seulement pour les manipulateur·rices de ces produits. En 2021, l’Inserm pouvait écrire que les « données épidémiologiques récoltées ont estompé les derniers doutes » quant à la dangerosité de ces produits !
Et la liste des maladies potentiellement déclenchées à la suite d’une exposition régulière, prolongée, habituelle aux pesticides n’est pas close… malheureusement ! Il y a celles déjà reconnues maladies professionnelles, Lymphome non Hodgkinien, Myélome, Parkinson, cancer de la prostate, mais il en existe d’autres pour lesquelles la responsabilité des pesticides est de plus en plus probable voire certaine comme le cancer du pancréas, certains cancers du sein, certains cancers des poumons etc...
Aujourd’hui, quatre maladies en France peuvent être reconnues comme maladie professionnelle dans certaines conditions : le cancer de la prostate (2021), le lymphome non hodgkinien et myélome (2015) et la maladie de Parkinson (2012). Pour toutes ces maladies, la durée d’exposition aux pesticides doit être d’au moins 10 années.
A noter que seul le cancer de la prostate est reconnue comme maladie professionnelle dans le régime général et non seulement dans le régime agricole. Il s’agit d’une décision récente (2022) en lien direct avec le scandale du chlordécone dans les DROM mais qui est étendue à tous les pesticides.
Étonnamment, aujourd’hui, il n’existe pas beaucoup voire pas du tout d’information à propos de cancers et autres maladies (Parkinson) de personnels liées à l’exposition aux pesticides (et par ailleurs reconnues par la Sécurité Sociale comme des maladies professionnelles pour les manipulateur·rices agricoles des pesticides)… ni d’ailleurs d’informations concernant l’état de santé général des personnels de l’enseignement agricole du ministère de l’Agriculture (le SNETAP-FSU FSU Fédération Syndicale Unitaire se bat régulièrement pour faire condamner l’État pour non respect des obligations de la médecine du travail)…
Il y a sans doute plusieurs raisons à cela …
- un manque de volontarisme des employeurs (ministère et EPL EPL Établissement Public Local ) pour assurer leurs obligations en matière de médecine de prévention, pour lancer des enquêtes, réaliser des suivis de cohortes. Les bilans sociaux puis les rapports sociaux uniques sont particulièrement lacunaires et ne contiennent que des données extrêmement dispersées rendant impossible toute vision globale des différents congés pour raisons de santé (ordinaire, longue maladie, longue durée et maladie grave) ainsi que les différentes maladies professionnelles reconnues (quid de celles qui sont refusées ?). Le SNETAP-FSU est aussi amené à accompagner, défendre des personnels exposés aux pesticides et qui peuvent se retrouver devant une mauvaise foi manifeste de leur employeur voire des tentatives de déni, réfutant tout impact sur la santé à l’occasion d’une exposition de courte durée.
Ce manque de volontarisme se retrouve d’ailleurs en matière de médecine de prévention se retrouve dans le suivi pourtant réglementaire des personnels, de la non tenue des visites médicales pourtant obligatoires ou du non respect de l’obligation de l’employeur d’établir la traçabilité de l’exposition des travailleurs aux agents chimiques cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction (CMR), via une liste des travailleurs susceptibles d’être exposés à ces agents chimiques (décret 2024-307 du 04/04/2024)… sans parler de la mise en place, pourtant elle aussi réglementaire du suivi médical post professionnel des agents exposés aux agents chimiques cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction ( voir ici : Risques chimiques : quel suivi individuel de l’état de santé des travailleurs exposés ?)
- le déclenchement de la maladie longtemps après l’arrêt de l’exposition aux pesticides, touchant des personnels pouvant être parti·es en retraite et ne souhaitant pas forcément s’engager dans des démarches et combats compliqués... Pour information, le 17 décembre 2025, au Journal officiel, sont parus 2 décrets relatifs aux maladies professionnelles liées aux pesticides, relevant justement la durée de l’intervalle entre l’arrêt de l’exposition aux pesticides et le déclenchement de la maladie de Parkinson (de 7 ans à 20 ans) et des lymphomes non hodgkiniens et myélomes (de 10 ans à 30 ans !). Pour les cancers de la prostate, les délais sont déjà de 40 ans...
Mais la situation pourrait changer compte tenu de l’abaissement probable (certain) de l’âge auquel se déclenche la maladie, avant l’âge de la retraite à cause d’une exposition plus précoce et plus régulière...
En matière de santé au travail comme en matière de santé publique, on distingue trois grandes approches de la prévention : primaire, secondaire, et tertiaire. La prévention primaire cherche à intervenir en amont de manière à diminuer ou éliminer le risque d’exposition à la source ou l’exposition du ou de la salarié·e à des risques identifiés. Elle est particulièrement adaptée à l’exposition aux pesticides.
C’est au travers de la définition de la santé que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) livra en 1948 que s’est dessinée, à la même époque, une nouvelle approche de la prévention. Considérant celle-ci comme "l’ensemble des mesures visant à éviter ou réduire le nombre et la gravité des maladies, des accidents et des handicaps", l’OMS a donc distingué 3 niveaux - primaire, secondaire ou tertiaire - qui correspondent à des états successifs de la maladie.
On retrouve ces 3 niveaux de prévention dans le domaine de la santé au travail. Des actions relatives à chacun des niveaux peuvent être envisagées en combinaison, mais il convient incontestablement de privilégier la prévention primaire si l’on veut réduire significativement les maladies liées aux pesticides.
Prévention tertiaire, accompagner le ou la malade ou ses ayant-droits
Il s’agit des actions de « prévention » plutôt curative lorsque le dommage a eu lieu. Il s’agit d’en limiter les conséquences sur les individus. En matière de maladie, il s’agira par exemple de reconnaître la maladie professionnelle rapidement dans le cadre d’une procédure rapide et « empathique » sans multiplier les manœuvres dilatoires de la part de l’employeur – ministère, collectivité territoriale ou EPL -, de mettre en place un accompagnement psychologique à l’écoute des agent.es après une maladie lourde, de mettre en place un véritable dispositif de retour à l’emploi, d’accompagnement, d’adaptation du poste de travail aux spécificités individuelles, parfois en lien avec le handicap voire l’inaptitude.
Le SNETAP-FSU revendique également l’application du préjudice d’anxiété, reconnu par la jurisprudence pour les personnels exposé·es. Il vise à reconnaître la souffrance d’un·e agent·e du fait de l’incertitude de développer une maladie grave en raison de son exposition à un risque professionnel soit à cause d’un manquement de l’employeur à son obligation de sécurité soit lorsque le risque est particulièrement élevé de développer une maladie grave.
Prévention secondaire, réduire l’exposition
La prévention dite secondaire consiste à réduire le plus possible l’exposition aux pesticides. Il s’agit d’actions qui visent à réduire les atteintes à la santé des individus en les aidant à mieux gérer les situations à risques, celles de l’exposition aux pesticides. La cible de cette prévention reste les agent·es pour renforcer leurs capacités personnelles à faire face aux situations à risques.
Dans les parcelles, lors de la manipulation de pesticides – avant, pendant l’épandage et après -, cette prévention implique la mise à disposition de moyens de protection, les Équipements de Protection Individuels (EPI) et la formation pour leur bonne utilisation. Il est nécessaire de rappeler que la seule mise à disposition de ces EPI n’exonère pas l’employeur de ses responsabilités et de son obligation de résultats quant à la santé et la sécurité de ses agent.es. Ainsi un·e directeur·rice d’exploitation doit s’assurer du bon port des EPI par les salarié·es.
Cette prévention repose sur le respect d’autres obligations réglementaires comme l’interdiction d’entrer dans une parcelle récemment traitée et donc l’information des personnels de ce Délai de Rentrée (DRE). Ce DRE existe depuis 2006, réactualisé en 2017. Cette information est essentielle pour éviter toute intoxication aiguë des personnels mais également des élèves, étudiant·es ou stagiaires. La limite de cette réglementation est cependant évidente puisque la dérive atmosphérique des pesticides dépasse largement les limites d’une parcelle traitée !
Au niveau de l’exploitation de l’établissement, il est indispensable de modifier certaines pratiques culturales même si cela demeure à la marge comme l’agrandissement des Zones Non Traitées (ZNT). Plus ambitieuse, la réduction drastique des pesticides est possible dans nos exploitations, avec une diminution supportable des rendements comme le démontrent de nombreuses études comme celles de l’INRAE dans le cadre de la Stratégie nationale Écophyto 2030 : Réduire-pesticides, un peu, beaucoup, résolument !


Pesticides, les personnels de l’EAP toutes et tous exposé·es !